Eric Sarner
Eric
Sarner
Ça se lit comme un film en noir et blanc ;
le côté je-me-souviens vous entraîne en ballade.
Les souvenirs d’Eric sont plus vieux que lui :
Cravan, La Motta, Cerdan, Ray Sugar, quelle ode ;
pancrace à New-York, à Paris, c’est pythique,
c’est black-épique !
Il y a une voix, là-dedans, de reportage à la radio,
je-me-souviens, c’est d’avant la télé ; elle nous fait
suivre,
et on suit. C’est en indirect, en littérature,
ça remonte loin en arrière, outre enfance. J’entends
les coups ; la voix rapporte, reporte, transporte.
Méta. Haletant.
"Boxe et jazz /…/ il suffit de se laisser aller
dans le rythme / tout sauf fou du combat "
Il y a un banjo dans le récit. Ça pourrait durer
toujours, comme le Martin Fierro des Argentins.
Mais attention, le poème fait tout ! Il est à lui seul
son fil et sa sourdine : sa percussion, sa narration,
sa section rythmique. Il s’accompagne au-dedans
de lui-même. Ça cogne. Il est sa basse continue.
Il va buter régulièrement à droite, à la marge ;
c’est justifié. Crochet, direct, uppercut, swing !
Ils sont montrés et martelés, c’est dans le texte.

Texte de Michel Deguy à propos de “SUGAR”.

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Extrait de “SUGAR”
Ed.Dumerchez 2001

Il faudrait pouvoir attraper ensemble
tous les mots d’amour prononcés d’un
bout à l’autre du monde.
Il faudrait laisser courir à jamais
l’écho
de cette parole d’Arthur Cravan :
dans mes gants de boxe,
des boucles de femme.
Il faudrait danser comme dansait Robinson.
Boxe et jazz : musiques de sauvages,
bagarres de barbares, zébrures rouge
ardent.
Il suffit de se laisser aller dans le rythme
tout sauf fou du combat.
Les grands boxeurs ont la rage méthodique.
Ou plutôt, il ne s’agit pas de rage.
La foudre superbe.
Jamais perdu dans les détails.
Les gardant successivement
à portée d’attention,
les regardant venir l’un derrière l’autre,
en une mathématique mi-humaine,
mi-divine, qui sait ?
Les grecs croyaient en un Dieu du
Moment Opportun.

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