En chantant
on découpe sans bouger
les lèvres de ce qui nous embrasse
car nous avons faim
d’avoir faim
et nous vengeons notre bouche
d’avoir été mangée

A force de regarder le ciel
nous faisons boiter
l'infini
qui ne s’arrête pas de marcher
comme un mendiant aveugle

La nuit lui donne parfois
sans nous
la monnaie d’une étoile

La beauté qui se perd
nous aime toujours
de nous
avoir perdu

Serge
Pey
Serge Pey est né le 6 juillet 1950 à Toulouse.
En 1975 il fonde la revue “EMEUTE”,
puis “TRIBU” en 1981.

Il est l'auteur d'une quinzaine de livres parmi lesquels
-
De la ville et du fleuve ;
- Prophéties, La définition de l'aigle ;
- Notre Dame La Noire ;
- l'Evangile du Serpent ;
- Couvre feu ;
- Poème pour un peuple mort ;
- La Mère du Cercle ;
- La Main et le Couteau ;
- L'Enfant Archéologue ;
- Pour libérer les vivants
- il faut aussi savoir libérer les morts...

Ses derniers textes figurent dans l'anthologie
Orphée Studio- Gallimard.

Serge Pey mène un travail singulier dans la poésie
contemporaine Française.
Créateur de situations, il rédige ses textes sur des piquets
de bâtons de tomates avec lesquels il réalise des installations
rituelles de poèmes. Ecrivain, enseignant, improvisateur oral,
entre Toulouse et le Mexique, Serge Pey est également
Fondateur du Festival de Poésie directe,
des revues “Tribu” et “Emeute”.
En Juin 1997, invité à la Dokumenta de Kassel,
il lança un appel à une marche mondiale de la poésie.
Serge Pey est un des nouveaux troubadours du tour du monde,
sans cesse invité dans de nombreux festivals de performances
en Europe, Japon, Etats-Unis, Asie, Mexique, Amérique du Sud...
Il est l'un des performers les plus importants
sur la scène poétique actuelle.

Sa pratique de la poésie directe l'a confuit à approfondir
les phénomènes de possession et de dépossession
dans la pratique orale du poème.
Son poème dédié aux indiens huicholes,
Nierika ou les mémoires du cinquième soleil
est un hommage à la langue de la vision.

Il est le fondateur du groupe de poésie d'action-Flamenco
“Los Afiladores” les aiguiseurs de couteaux.

Théoricien de la poésie contemporaine, il a soutenu en
Décembre 1995 une thèse sur la poésie orale contemporaine
“la Langue arrachée” (à paraître aux presses du réel).

Auteur de nouvelles et de critiques d'Art,
son oeuvre est traduite en plusieurs langues
et a été produite diverses fois par la Radio Française
France Culture (Poésie sur Parole, Poétiques d'André Velter
au théâtre du Rond point et à l'Odéon, Atelier de Création
Radiophonique : le cercel et le bâton, les mémoires
du cinquième soleil, Coplas infinies pour les hommes
taureaux du Dimanche).

L'idéal d'une carte
du monde
est d'être sans
le monde
(Tout idéal d'une carte
est d'être le contour
d'une terre
qui n'existe pas)

L'idéal d'une étoile
dans le ciel
est d'être sans
la nuit
(Tout idéal d'une étoile
est d'être la lumière au centre
de la lumière)

L'idéal d'un bâton dans le feu
est d'être sans
la main
qui le tient
(Tout idéal d'un bâton
est d'être la main
qui le brûle)

L'idéal d'une aile
est d'être sans
oiseau
(Tout idéal d'une aile
est d'être le ciel
qu'elle vole)

L'idéal d'un soulier
sur le chemin
est d'être sans
le chemin
(Tout idéal d'un soulier
est d'être le ciel
qu'il ne chausse pas)

“Serge Pey ritualise l'espace de la parole : il est le chaman
qui chevauche les pulsions du souffle et du sang. Avec lui,
la poésie tape du pied, devient vertige, envoûtement et
libération de chaque fibre du corps. Avec lui, la voix
semble une résurrection de sol et du ciel mêlés,
charriant pierres de soleil, nuages ensablés,
gouffres d'orage.

Accroché à ses bâtons d'écriture comme à des mâts
naufragés, Serge Pey tangue et danse, rythme
et profère.

Il est le troubadour voué à une marche verticale,
le trimardeur du verbe à l'avancée violente qui va
et vit d'effraction en effraction. Il est aussi celui
qui relie ensemble des destins foudroyés,
des murmures étouffés, des secrets bannis.

Seul à dire, à proférer, il n'est jamais isolé :
sa scansion accueille toutes les migrations du sens,
toutes les métamorphoses du chant. Il est l'homme
que le cri des origines et la rumeur des âges engage
au présent. Il entend et répercute ce qui d'ordinaire
se tait : de l'exaltation massacrée au lancinant retour
des suicidés de la société. Serge Pey empoigne le monde,
ses meurtres et ses tortures, son chaos d'âmes
démembrées, d'os dépareillés, de poussières fertiles,
ses émerveillements, ses renaissances.”

dit André Velter.

Site internet
http://www.wizya.net/pey.htm



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