Dessin : Jérémie Lamart.

Michel
Lamart
Né - par hasard et malgré lui - le 31 mars 1949,
à Rheims la (très) plate. Enfance à vapeur en milieu ouvrier.
Revendique ses origines modestes. Aime les humbles,
les pauvres et les sans grade. Toujours à l’écoute de
Couté (Gaston). Écrit pour vivre le silence.

Rencontre Hervé Carn en 1968, au Collège Littéraire Universitaire
de Reims (20, rue d’Anjou), Michel Mourot et Patrick Mouze,
Jean-Marie Le Sidaner ensuite, en 1976, au lycée de Romilly.
L’amitié est un je(u) littéraire. Fréquente assidûment
« Le Grand Jeu », librairie de Joël Aubert. Y fait des rencontres
décisives (Bernard Noël, Hubert Juin…).

D.E.A. (1994) : Jean-Marie Le Sidaner ou la Littérature
au Second Degré – Lecture d’une écriture, écriture d’une lecture.

Agrégé de Lettres (Modernes), docteur en Littérature Française.
Enseigne les Lettres et la Philosophie en Classes Préparatoires
Scientifiques au Lycée Roosevelt de Rheims.

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PUBLICATIONS :

NOUVELLES :
-
Au Bord du gouffre, Orcca/Mcam éditions, 1983 ;
-
Cendres de nuit, Phénix, 1990 ;
-
Échos, Le Bruit des autres, 1997.

ROMANS :
-
Daisy, Alfil, 1996 ;
-
Bleuet 17, Diabase, 1999 ;
-
Love, Naturellement, 2000 ;
-
Quelques petites Choses en forme de Machin, Éditinter, 2001.

ESSAI :
-
Sourire de Rheims, Laquet, 2003.

POÈMES :
-
Quelque chose de bleu, Rencontres, 1994 ;
-
Secrètes calvities du cœur, Cahiers de Nuit,
coll. Jeudigris, avec un poème acrostiche de
Bernard Noël et des encres d’Alain Margotton, 1994 ;
-
Le Bel Aujourd’hui, Cadex, 1997 ;
-
Tombe, aquarelles de Pascal Blanchard,Zorn 2001 ;
-
Pensées du Bocal, La Porte, 2001 ;
-
Nommer l’ombre, préface de Max Alhau, encres
de Pascal Blanchard, L’arbre à Paroles, 2003 ;
-
Cahier du jour, carnet de nuit, L’arbre à Paroles, 2006.

- Dans le désordre du monde, L'arbre à Paroles, 2010

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De l’inutilité du poème
Un poème c’est bien peu de chose
Raymond Queneau

Ce qui me point, dans le poème ? Son inutilité. Il n’est là que
pour signifier sa présence dans/hors la langue. Non pour dire
mais pour témoigner de l’incapacité à dire autre chose que
ce qu’il s’efforce à vouloir dire « littéralement et dans tous
les sens
 ». C’est cette inutilité-là qui est poétique. Ce rien,
qui invite à tout, produit en même temps tout par excès.
Par débordement de sens. Par saturation. Le poème invite
à faire sens là où il n’y a rien d’autre qu’une prise de conscience
à faire fonctionner la langue autrement que de façon économique.
La poésie est bien toujours expression métaphorique d’elle-même.
Elle ne vise pas à faire sens mais à l’accroître par le désir de poésie
qu’elle crée. La polysémie de cette langue du désir s’exprime
en un suc poétique qui, en la langue, recrée indéfiniment la langue
en elle-même et pour elle-même. D’où la saveur du poème.

La poésie, en effet, nous dit essentiellement que la langue est objet
de jouissance. Or qu’y a-t-il de plus inutile que la jouissance
lorsqu’elle se détache de l’objet poétique? Rien, sinon la nécessité
imposée au sujet de se recréer dans cette langue pour échapper
au concret d’un quotidien fort peu poétique. La poésie nous amène
à nous détacher de la langue pour nous faire éprouver le rien que
nous devenons dans l’oubli de nous-mêmes quand nous ne sommes
plus préoccupés que de notre seule jouissance.

Le poème est joui-sens dès lorsqu’il nous fait poètes en nous
assignant ce rien. La poésie résiderait donc dans
l’inaccomplissement d’un langage qui ne ferait signe que par
ses manques. L’inutilité du poème implique la nécessité inquiète
d’exister hors de lui-même, de s’incarner. Elle fait vibrer notre
fragilité d’être hors du poème.

Le poème défait naturellement tout discours qui se tient sur la poésie.
Autrement dit, le poème déconstruit, par le geste même qui lui permet
d’affleurer à sa propre réalisation, ce qui, en lui, se signale comme
étant poème.

La poésie naît de ne pouvoir dire ce qui n’est à dire que dans
la mesure où l’on sacrifie au poème. Artaud écrit à Peter Watson,
le 27 juillet 1946 : « Un inexprimable exprimé par des œuvres
qui ne sont que des débâcles présentes, et ne valent que par
l’éloignement posthume d’un esprit mort avec le temps, et en
échec dans le présent, voulez-vous me dire ce que c’est ? »

Folie d’exister : poésie…  

Michel Lamart

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