Jacques
Darras
Poète, essayiste, traducteur.

Né en décembre 1939 à Bernay-en-Ponthieu, près
de la Manche, Jacques Darras enseigne depuis 1969
la littérature anglo-américaine à l’Université de Picardie,
tout en se consacrant à la poésie et à la traduction de la poésie.

Il a fondé la revue in’hui à Amiens, en 1978, revue comptant
à ce jour 57 numéros.

Il a commencé de publier un long poème en plusieurs chants,
“La Maye” dont sont parus les quatre premiers :
-
La Maye I (In’hui, Amiens, 1988),
-
Le Petit Affluent de la Maye II (Trois Cailloux, Amiens, 1993),
-
Van Eyck et les rivières, dont la Maye IV (Le Cri, Bruxelles, 1996),
-
L’Embouchure de la Maye dans les vagues de la Manche, III
(Le Cri, Bruxelles 2000).
Il a publié un fragment du cinquième livre,
Moi j’aime la Belgique !
(Gallimard l’Arbalète, 2001).

Il a traduit les poètes et écrivains de langue anglaise :
- Walt Whitman,
Feuilles d’herbe (Grasset Cahiers Rouges,
1989 et 1993, puis Gallimard NRF/Poésie, 2002),
- Ezra Pound,
Les Cantos (Flammarion, 1986 puis 2002,
trad. collective),
- Malcolm Lowry,
Sous le Volcan (Grasset 1987 puis
Hachette Pochothèque 1993), ainsi que Basil Bunting, David Jones,
Geoffrey Hill, Marina Tsvetaeva.

Il fait partie de l’anthologie Poètes à Voix haute,
Orphée Studio, réalisée par André Velter pour
les éditions Gallimard (Collection NRF, 1999)
de l’
Anthologie de la poésie francaise du vingtième
siècle
, réalisée par Jean-Baptiste Para (Tome II,
NRF/ Poésie Gallimard, 2000), de l’
Anthologie
de la poésie fançaise, XVIIIe-XXe siècle
(La Pléiade,
Gallimard, 2000).

Il a écrit plusieurs essais dont :
-
Le Génie du Nord (Grasset, 1988),
-
La Mer hors d’elle-même (Hatier, 1993),
-
Qui parle l’européen ? (Le Cri, Bruxelles, 2001),
-
Nous sommes tous des romantiques allemands
(Calmann-Lévy, 2002),
Allen Ginsberg : La voix, le souffle (Jean-Michel Place, 2002).

En 1989, après avoir réalisé plusieurs émissions de
poésie à France-Culture, il a été le premier Français
et Européen choisi par la BBC pour prononcer les
“Reith Lectures”, une série de six conférences en
anglais consacrées à l’Europe, dans le cadre de la
commémoration du bicentenaire de la Révolution
française.

Depuis 1997 il donne des performances avec l’acteur
Jacques Bonnaffé.
Il co-dirige le mensuel de poésie
Aujourd’hui Poème qu’il a fondé à Paris en 1999 avec
André Parinaud.

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Mon échelle pour l’Échelle.

Il y a la Sormonne et il y a le Thon
Il y a la Brune et il y a la Serre.
Il y a le Bar et il y a l’Aisne
Il y a le Thin et il y a l’Audry
Il y a l’Aube qui n’est pas la même Aube.
Il y a au moins deux Aubes.
Il y a vraiment besoin de deux Aubes, même plus.
Il y a le Hurteau qui devient la Brune
Il y a le Vulpion qui rejoint la Brune à Lugny.
La Brune et le Vulpion se joignent et rejoignent ensuite la Serre.
Ils font jonction à Marle.
La Serre que devient la Serre ?
La Serre rejoint le Péron à Mesbrecourt-Richecourt.
Mais oui.
Sur quelle rive de la Serre habitez-vous ?
Côté Mesbrecourt ?
Côté Richecourt ?
Vous pouvez très bien ne pas le dire.
Vous ne figurez pas sur la carte au deux cent millième de toute façon.
Un centimètre représente deux kilomètres.
Combien mesurez-vous ?
Non vous n’êtes pas sur la carte.
Non vous ne pouvez-pas.
Non vous n’avez pas assez d’eau en vous vous ne coulez pas assez longtemps.
Non vous ne pourrez jamais être la Meuse.
Il aurait fallu commencer plus tôt.
Naître rivière n’est pas simple.
Vous voulez vous coucher ?
Vous voulez vous étirer dans le sens de l’eau ?
Prenez plutôt les noms de villages ou de forêts ce sera moins long.
On vous reconnaîtra plus vite.
Vous n’aurez qu’à choisir au hasard.
Tenez il y a Belval et il y a St.Marcel.
Il y a Evigny et il y a Mondigny.
Je les connais je passe tous les jours à travers en auto.
J’ai acheté une auto sinueuse.
Je roule en automobile riveraine.
Conçue exprès pour les petits villages.
Il y a This et Warnécourt.
Il y a This mais il n’y pas That.
L’Ardenne n’est pas l’Angleterre.
Ardenne en anglais s’écrit sans “e” au bout.
C’est aussi une forêt.
Ce sont deux forêts qui ne s’écrivent pas de la même façon.
Mais qui ont les mêmes essences.
Essence de bois essence de nom.
La liberté des noms fait la liberté des essences.
Il y a des essences plus essentielles que d’autres.
Je roule je suis libre.
Je traverse maintenant Bolmont puis Hardoncelle.
Je roule entre le Thin et l’Audry.
Remilly-les-Pothée.
Trois cent un mètres, comme je suis haut !
Il est plus facile d’être haut que d’être long.
Plus aisé d’être montagne que rivière.
Je m’en doutais.
Irai-je à Blombay ou à Belzy ?
J’hésite.
Je suis presque chez moi j’hésite à rentrer.
Je ne suis pas tout à fait en bas de l’échelle.
J’atteins les derniers barreaux.
Laissez-moi descendre de mes rivières reprendre ma respiration.
C’était bon c’était frais là-bas.
Allez une dernière petite virée!
À Vaux et à Vilaine.
À Logny-Bogny ou à Bogny-les-Pothées.
À Écogne à Forge-Maillard.
Presque des lieux-dits.
Presque pas des villages.
Une maison des arbres on ne voit plus la maison.
Coucou la maison cachée la maison.
Hop je ressors à Champigneul-sur-Vence.
J’avais oublié la Vence.
Machine arrière vers la Vence.
En avant la Vence.
Yverhautmont ou Balaize ?
Ils m’attendent à l’Échelle.
Ils m’attendent pour la lecture.
Je vais leur lire la Carte.
Michelin 53.
Je vais leur donner dix centimètres de lecture.
Dix centimètres pas plus.
Qu’est-ce qu’ils vont être dépaysés !

JACQUES DARRAS

Site internet
http://www.jacquesdarras.com/

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